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Hommage à Aimé Césaire

En hommage à Aimé Césaire  (Hommage à Aimé Césaire) posté le vendredi 11 avril 2008 21:58

Aimé césaire poète et écrivain martiniquais, ancien maire et député de Fort-De-France, grand défenseur de la cause des opprimés et des colonisés, est en ce moment hospitalisé  dans un état grave. Avec le poète sénagalais Léopold Senghor (ancien  président de la république du Sénégal, académicien, mort en 2001)  et le poète guyanias Léon Gontran Damas (Pigments) ,il a créé le mouvement littéraire Négritude, redonnant ainsi aux noirs des colonies et d'Amérique, la fierté de l'Afrique.

 

Je mets en extrait quelques  vers de son livre :  Cahier d'un retour au pays natal

Iles cicatrices des eaux

Iles évidences de blessures

Iles miettes

Iles uniformes

Iles mauvais papier déchiré sur les eaux

Iles troçons côte à côte fichés sur l'épée flambée du soleil

Raison rétive tu ne m'empêcheras pas de lancer absurde sur les euax au grés des courants de ma soif votre forme, îles difformes,

votre fin,mon défi.

Iles annelées, unique carêne belle

Et je te caresse de mes mains d'océan.

Et je te vire de mes paroles d'alizées. Et je te lèche de mes langues d'algues.

Et je te  cingle hors-flibuste.

Aimé Césaire

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Aimé Césaire  (Hommage à Aimé Césaire) posté le vendredi 11 avril 2008 22:24

Aimé Césaire, de son nom complet Aimé Fernand David Césaire, né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe (Martinique) est un poète et homme politique français. Il est l'un des fondateurs du mouvement littéraire la Négritude.

 

Il fait partie d'une famille de sept enfants, son père travaille sur une habitation et sa mère couturière. De 1919 à 1924 il fréquente l'école primaire de Basse-Pointe, où son père est contrôleur des contributions, puis obtient une bourse pour le lycée Victor Schoelcher à Fort-de-France. En septembre 1931 il arrive à Paris en tant que boursier du gouvernement français pour rentrer en classe d'hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand où, dès le premier jour, il rencontre Léopold Sédar Senghor, avec qui il noue une amitié qui durera jusqu'à la mort de ce dernier.Maire de Fort de France il donne la priorité aux logements, aux écoles et aux équipements sanitaires. Cesaire devient donc un fervent défenseur de la départementalisation un néologisme forgé par lui pour remplacer le mot ambigu d'assimilation.

 

Au contact des jeunes africains étudiant à Paris, Aimé Césaire et son ami guyanais Léon Gontran Damas, qu’il connaît depuis la Martinique, découvrent progressivement une part refoulée de leur identité, la composante africaine, victime de l'aliénation culturelle caractérisant les sociétés coloniales de Martinique et de Guyane.

En septembre 1934, Césaire fonde, avec d’autres étudiants antillo-guyanais et africains (parmi lesquels Léon Gontran Damas, le Guadeloupéen Guy Tirolien, les Sénégalais Léopold Sédar Senghor et Birago Diop), le journal L'étudiant noir. C’est dans les pages de cette revue qu’apparaîtra pour la première fois le terme de « Négritude ». Ce concept, forgé par Aimé Césaire en réaction à l’oppression culturelle du système colonial français, vise à rejeter d’une part le projet français d’assimilation culturelle et à promouvoir l’Afrique et sa culture, dévalorisées par le racisme issu de l'idéologie colonialiste.

Construit contre l'idéologie coloniale française de l'époque, le projet de la Négritude est plus culturel que politique. Il s’agit, au delà d’une vision partisane et raciale du monde, d’un humanisme actif et concret, à destination de tous les opprimés de la planète. Césaire déclare en effet : « Je suis de la race de ceux qu’on opprime ».

Ayant réussi en 1935 le concours d'entrée à l'École normale supérieure, Césaire passe l'été en Dalmatie chez son ami Petar Guberina et commence à y écrire le Cahier d'un retour au pays natal, qu'il achèvera en 1938. Il lit en 1936 la traduction de l’Histoire de la civilisation africaine de Frobenius. Il prépare sa sortie en 1938 de l'Ecole normale supérieure avec un mémoire, « Le Thème du Sud dans la littérature négro-américaine des USA ». Épousant en 1937 une étudiante martiniquaise, Suzanne Roussi, Aimé Césaire, diplomé de lettres, rentre en Martinique en 1939, pour enseigner, tout comme son épouse première femme noire agrégée de lettres, au lycée Schœlcher.

La situation martiniquaise à la fin des années 30 est celle d'un pays en proie à une aliénation culturelle profonde, les élites privilégiant avant tout les références arrivant de la France, métropole coloniale. En matière de littérature, les rares ouvrages martiniquais de l'époque vont jusqu'à revêtir un exotisme de bon aloi, pastichant le regard extérieur manifeste dans les quelques livres français mentionnant la Martinique. Ce doudouisme, dont des auteurs tels que Mayotte Capécia sont les tenants, allait nettement alimenter les clichés frappant la population martiniquaise.

C'est en réaction contre cette situation que le couple Césaire, épaulé par d'autres intellectuels martiniquais comme René Ménil, Georges Gratiant et Aristide Maugée, fonde en 1941 la Revue Tropiques. Alors que la Seconde Guerre mondiale provoque le blocus de la Martinique par les États-Unis (qui ne font pas confiance au régime de collaboration de Vichy), les conditions de vie sur place se dégradent. Le régime instauré par l’Amiral Robert, envoyé spécial du gouvernement de Vichy, est raciste et répressif. Dans les communes, les élus de couleur sont déposés et remplacés par des représentants des békés (déscendants des colons). Dans ce contexte, la censure vise directement la revue Tropiques, qui paraîtra, avec difficulté, jusqu’en 1943.

Le conflit mondial marque également le passage en Martinique du poète surréaliste André Breton (qui relate ses péripéties dans un bref ouvrage, Martinique, charmeuse de serpents). Breton découvre la poésie de Césaire à travers le Cahier d'un retour au pays natal et le rencontre en 1941. En 1943 il rédige la préface de l'édition bilingue du “Cahier d'un retour au pays natal”, publiée dans la revue “Fontaine” (n° 35) dirigée par Max-Pol Fouchet et en 1944 celle du recueil Les armes miraculeuses, qui marque le ralliement de Césaire au surréalisme. Surnommé "le nègre fondamental", il influencera des auteurs tels que Frantz Fanon, Edouard Glissant (qui ont été élèves de Césaire au lycée Schoelcher), le guadeloupéen Daniel Maximin et bien d'autres. Sa pensée et sa poésie ont également nettement marqué les intellectuels africains et noirs américains en lutte contre la colonisation et l'acculturation.

En 1945, Aimé Césaire, coopté par les élites communistes qui voient en lui le symbole d'un renouveau, est élu maire de Fort-de-France. Dans la foulée, il est également élu député, mandat qu'il conservera sans interruption jusqu'en 1993. Son mandat, compte tenu de la situation économique et sociale d'une Martinique exsangue après des années de blocus et l'effondrement de l'industrie sucrière, est d'obtenir la départementalisation de la Martinique en 1946.

Il s'agit là d'une revendication qui remonte aux dernières années du XIXe siècle et qui avait pris corps en 1935, année du tricentenaire du rattachement de la Martinique à la France par Belain d'Esnambuc. Peu comprise par de nombreux mouvements de gauche en Martinique déjà proches de l'indépendantisme, à contre-courant des mouvements de libération survenant déjà en Indochine, en Inde ou au Maghreb, cette mesure vise, selon Césaire, à lutter contre l'emprise béké sur la politique martiniquaise, son clientélisme, sa corruption et le conservatisme structurel qui s'y attache. C'est, selon Césaire, par mesure d'assainissement, de modernisation, et pour permettre le développement économique et social de la Martinique, que le jeune député prend cette décision.

En 1947 Césaire crée avec Alioune Diop la revue Présence africaine. En 1948 paraît l'Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache, préfacée par Jean-Paul Sartre, qui consacre le mouvement de la “négritude”.

S'opposant au Parti communiste français sur la question de la Hongrie, Aimé Cesaire quitte le PC en 1956, pour fonder deux ans plus tard le Parti progressiste martiniquais (PPM), au sein duquel il va revendiquer l'autonomie de la Martinique. Siégeant a l'Assemblée nationale comme non inscrit de 1958 à 1978, puis comme socialiste de 1978 à 1993. Césaire restera maire de Fort-de-France jusqu'en 2001. Le développement de la capitale de la Martinique depuis la Seconde Guerre Mondiale est caractérisé par un exode rural massif, provoqué par le déclin de l'industrie sucrière et l'explosion démographique créée par l'amélioration des conditions sanitaires de la population. L'émergence de quartiers populaires constituant une base électorale stable pour le PPM, et la création d'emplois pléthoriques à la mairie de Fort-de-France furent les solutions trouvées pour parer à court terme aux urgences sociales de l'époque. La politique culturelle d'Aimé Césaire est incarnée par la création du Service Municipal d'Action Culturelle (SERMAC), qui à travers des ateliers d'arts populaires (danse, artisanat, musique) et le prestigieux Festival de Fort-de-France, met en avant des parts jusqu'alors méprisées de la culture martiniquaise.

Son "discours du colonialisme" fut pour la première fois au programme du baccalauréat français en 1998.

En 2001.  Aimé Césaire s'est retiré de la vie politique (et notamment de la mairie de Fort-de-France, au profit de Serge Letchimy), mais reste un personnage incontournable de l'histoire martiniquaise. Après le décès de son camarade Senghor, il reste l'un des derniers fondateurs de la pensée négritudiste.

Malgré son grand âge, Aimé Césaire est toujours sollicité et influent. On notera sa réaction aux articles 3 et 4 de la loi du 23 février 2005, dont le but est de faire dire aux historiens que la colonisation fut une action positive. 

 

Son parcours politique

  • De 1945 à 2001 : Maire de Fort de France (durant 56 ans)
  • De 1945 à 1993 : Député de la Martinique
  • De 1983 à 1986 : Président du Conseil Régional de la Martinique
  • De 1945 à 1949 et 1955 à 1970 : Conseiller général de Fort de France
    • Œuvres complètes (trois volumes), Fort-de-France, Desormeaux, 1976.
    • Cahier d'un retour au pays natal, Paris, Présence africaine, (1939; 1960)
    • Les Armes miraculeuses (1946; Paris, Gallimard, 1970)
    • Soleil cou coupé (1947; Paris, Editions K., 1948)
    • Corps perdu (gravures de Picasso), Paris, Editions Fragrance, (1950)
    • Ferrements, Paris, Seuil, (1960; 1991)
    • Cadastre, Paris, Seuil, (1961)
    • Moi, laminaire, Paris, Seuil, (1982)
    • La Poésie, Paris, Seuil, (1994)
    • Et les chiens se taisaient, Paris, Présence Africaine, 1958; 1997
    • La Tragédie du roi Christophe, Paris, Présence Africaine, (1963; 1993)
    • Une saison au Congo, Paris, Seuil, (1966, 2001)
    • Une tempête, d'après La Tempête de William Shakespeare : adaptation pour un théâtre nègre), Paris, Seuil, (1969; 1997)
    • Esclavage et colonisation, Paris, Presses Universitaires de France, 1948. Réédition : Victor Schoelcher et l'abolition de l'esclavage, Lectoure, Editions Le Capucin, 2004.
    • Discours sur le colonialisme, Paris, éditions Réclames, 1950 ; éditions Présence africaine, 1955.
    • Discours sur la négritude, (1950).
    • Toussaint Louverture, La révolution Française et le problème colonial, Paris, Présence Africaine, (1962.
    • Rencontre avec un nègre fondamental, Entretiens avec Patrice Louis, Paris, Arléa, 2004.
    • Nègre je suis, nègre je resterai, Entretiens avec Françoise Vergès, Paris, Albin Michel, 2005.
    • Aimé Césaire, Paris, Hatier, "Les Voix de l'écriture", 1994.

Depuis 2007, l'aéroport internationnal de Fort-De-France porte son nom. le 17 &vril 2008, le chantre de la Négritude a rejoint ses deux compagnons de route Senghor et Damas.

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La Martinique a perdu un grand homme Aimé Césaire.  (Hommage à Aimé Césaire) posté le vendredi 18 avril 2008 00:31

Telle fut ma tristesse, quand ce matin à 6H30 sur I. Télé, j'ai appris la nouvelle du décès d'Aimé Césaire le père fondateur de la Négritude avec Leopold Senghor et Léon-Gontran Damas. Les tambours vibrent ce soir pour le poète Césaire , ce grand homme qui a enseigné pour l'illustre Frantz Fanon. Aimé césaire a appris au Noirs à être fière de ce qu'ils ont et de leurs origines africaines tant reniées. Césaire est l'un des pères de la départementalisation, même si, il a vite vu ses limites pour la culture profonde antillaise. la martinique a perdu une bibliothèque, un parchemin, un monument. La Négritude est un concept universaliste qui ouvre sur le monde, Aimée césaire était l'homme de tous les combats contre le racisme, contre le colonialisme, malgré l'assassinat de son frère par l'OLP, Aimée Césaire a soutenu la cause des palestiniens. Il a écrit beaucoup sur Nelson Mandela quand il était dans les geoles sud-africaines. Fondateur du PPM (parti progressiste martiniquais), Aimé Césaire est parti ce matin sans un bruit.

 

Décès du poète martiniquais Aimé Césaire, père de la Négritude

FORT-DE-FRANCE — L'émotion était vive, jeudi en Martinique et en France, après l'annonce du décès du poète et homme politique martiniquais Aimé Césaire, qui s'est éteint à l'aube à l'âge de 94 ans. Le chantre de la négritude sera inhumé dimanche à Fort-de-France.

Celui dont l'état de santé était "très précaire depuis plusieurs jours est décédé (...) dans le service de réanimation à 5 h 20 alors qu'il était hospitalisé depuis le 9 avril dernier", a indiqué le CHU de Fort-de-France, où Aimé Césaire avait été admis le 9 avril pour des problèmes cardiaques.

L'émotion était particulièrement vive en Martinique, où la disparition d'Aimé Césaire était sur toutes les lèvres. Dans un communiqué, le préfet de région Ange Mancini a indiqué qu'"il y aura la mise en berne des drapeaux sur l'ensemble des bâtiments de l'Etat en Martinique jusqu'à dimanche soir".

Ancien maire de Fort-de-France, chantre de la négritude et figure tutélaire de la politique martiniquaise, Aimé Césaire a été député de Martinique pendant près de 50 ans. Homme politique, écrivain, penseur, Aimé Césaire incarnait surtout à lui seul plus d'un demi-siècle de l'histoire de la Martinique. Cette figure type de l'engagement littéraire aura mis ses lettres au service d'un combat de toute une vie pour l'émancipation des Noirs.

Saluant "la mémoire d'un grand poète qui a acquis sa notoriété par la qualité de son écriture", Nicolas Sarkozy a noté dans un communiqué qu'on "retiendra de lui qu'il est l'initiateur, avec Léopold Senghor, du concept de la Négritude. Ce fut un grand humaniste dans lequel se sont reconnus tous ceux qui ont lutté pour l'émancipation des peuples au XXe siècle".

Le premier ministre François Fillon a rendu hommage à un "représentant exceptionnel de l'engagement poétique et politique". Ce proche d'André Breton "ne craignait ni la force des images, ni leurs ruptures. Il laissait naître de sa colère des chants puissants et durs. Il mettait ses mots au service de la lutte pour la dignité humaine, en particulier celle des peuples colonisés et humiliés".

Outre Nicolas Sarkozy, la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, se rendra en Martinique pour les obsèques d'Aimé Césaire, ainsi que le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Yves Jégo, qui s'est envolé jeudi pour Fort-de-France, et le secrétaire d'Etat à la Francophonie, Alain Joyandet. Ségolène Royal y assistera elle aussi. La candidate socialiste à l'élection présidentielle de 2007 est attendue dès vendredi après-midi à Fort-de-France, selon son service de presse.

Dans les rues de Fort-de-France, on pouvait voir des gens en larmes jeudi. "Aujourd'hui, il y a un grand vide en Martinique. Ca m'a donné des frissons quand j'ai entendu son décès. Je le voyais assez régulièrement quand il rentrait en mairie", a confié Germaine Dion, vendeuse au grand marché de Fort-de-France.

"On pensait qu'il se serait relevé. J'ai prié pour lui, j'ai 45 ans, j'ai étudié ses oeuvres et cela m'a forgé dans ma vie et permis de voir nos différences autrement", affirmait de son côté Jean-Luc Martin, enseignant, les yeux rougis.

Aimé Césaire a enseigné le français au lycée Victor-Schoelcher, le plus vieil établissement de Fort-de-France. Jeudi matin, les élèves ont tenu à rendre un hommage spontané au chantre de la négritude.

"Pour nous, il restait deux hommes qui comptent: Aimé Césaire et Nelson Mandela. C'est une grande perte pour la Martinique et le monde", soulignait Karl Dintimile, élève en classe de terminale. "Ca me touche d'avantage, parce qu'Aimé Césaire a été élève dans l'établissement. Il y a même une salle qui porte son nom, ainsi que la salle de théâtre. Pour nous, il est le parrain du lycée Schoelcher. C'est l'occasion pour les élèves du lycée de s'investir encore plus dans son hommage."

"Nous avons perdu un homme qui avait un grand coeur. Aucune manifestation, aucun événement ne sera assez grand pour honorer la mémoire d'Aimé Césaire", déclarait pour sa part Yoan Mastail, en classe de 1ère.

 

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Discours d'Aimé Césaire du 22 mai 1971  (Hommage à Aimé Césaire) posté le vendredi 18 avril 2008 11:06

Discours d’Aimé Césaire.

 

22 mai 1971, place du 22 mai, Trénelle - Fort-de-France.

 

       Schoelcher Philanthrope français libérateur des noirs, j’imagine cette définition de quelque dictionnaire qui eut comblé d’aise gouvernement et préfet. Et en effet, cette phrase résume assez bien le Schoelcher du schoelchérisme officiel.

       Car vous le savez depuis quelques temps et pour faire pièce aux partis de gauche qui avaient déterré Schœlcher du grenier poussiéreux où l’avaient relégué les principes de la 3 e et 4 e république, les officiels de la 5 e république véritables imposteurs sont repartis à la conquête de Schoelcher et fêtent Schoelcher à leur manière c’est à dire sans le peuple bien sûr mais avec préfets, généraux et amiraux.

      Eh bien ce Schœlcher ce n’est pas le nôtre et je dois à la vérité de dire qu’il n’a avec le vrai Schœlcher qu’un rapport très lointain.

       Quant au vrai Schœlcher, si nous pouvions l’interroger aujourd’hui sur son vrai rôle dans l’histoire de l’abolition de l’esclavage, j’imagine bien sa réponse et que sans renier son action, sans taire les épisodes de son combat, il se fut bien gardé de passer sous silence le rôle de ces combattants de l’ombre et de la nuit que furent les nègres marrons et les insurgés nègres.

        C’est Schoelcher lui même qui le note. Écoutons Schoelcher : « Il ne s’écoule jamais dix années sans que les noirs ne protestent par quelques violence contre l’état où on les maintient. Voyez à la Martinique seule et sans remonter plus haut que 1811.

En 1811 : révolte

En 1822 : révolte

En 1823 : révolte

       En 1831 : révolte, la conjuration générale, elle éclate au cri de la liberté et la mort ! En trente ans quatre cinq insurrections de Nègres ! ».

       Eh bien ces chiffres ne constituent pas une banale statistique de nature à satisfaire les esprits curieux d’histoire. Ils établissent au contraire un point capital à notre débat et illustre une vérité philosophique et sociologique fondamentale.

      Cette vérité je pourrai en demander la formulation à Karl Marx ou à Lénine. Pour la circonstance j’aime mieux la demander à Victor Schoelcher. Écoutons donc Victor Schoelcher :

     Depuis qu'il y a eu réunion d'hommes, les opprimés n'ont jamais rien obtenu des oppresseurs que par la force, et si chaque pas de la liberté est marqué de sang, c'est une nécessité qu'il faut reconnaître avec moi, mais dont on ne peut  accuser que l'impuissance ou la méchanceté providentielle.

    1848 n'a-t-elle pas constitué la divine surprise, la divine exception, à cette loi d'airain et de sang ? Et parler de 1848, n'est-ce pas précisément évoquer une époque particulièrement faste, où par un bonheur inouï, des hommes de conscience auraient, réveillant toute une Nation à la beauté des sentiments altruistes, obtenu d'elle l'abrogation d'un régime colonial inique.

     Ce qui aurait dispensé notre peuple d'une action violente et épargné à fa société martiniquaise un bain de sang ? Eh bien non !  Dans l'histoire coloniale il n’ y a place ni pour l'idylle ni pour la bucolique ni pour les nuits du 4 août, ni pour les vaines amourettes, et Schœlcher a raison de dire et de penser que, même dans le meilleur des cas, c'est encore et toujours la violence qui est l'accoucheuse de l'histoire. Et c'est pourquoi, malgré le décret du 4 Mars 1848, malgré le décret du 27 avril 1848, il fallait quand même qu'il y eut un 22 mai 1848.

     On connaît Ces faits : En février 1848, une révolution éclate à Paris, qui renverse la monarchie de Louis-Philippe. Un gouvernement provisoire est formé dans lequel rentre Victor Schœlcher, et un des premiers actes du Gouvernement ainsi formé est de décider la constitution d'une commission ad hoc, pour préparer l'abolition de l'esclavage. Cela c'est le décret du 4 Mars 1848.La Commission se met au travail et le 27 avril, toujours à l'instigation de Schoelcher, obtient du Gouvernement qu'il publie un second décret: c'est le décret du 27 avril, lequel stipule  en son article 1er:"l'esclavage sera entièrement aboli dans toutes les colonies et possessions françaises deux mois après la promulgation du présent décret dans chacune de d'ellesAlors me direz-vous, tout était joué. Eh bien non. tout n'était pas joué.

    Encore deux mois à attendre. Que dis-je trois mois, peut-être quatre.Calculez bien : Ce temps que le décret arrive aux colonies et soit promulgué: il faut un mois; donc cela nous amène à la fin de mai ou à début juin. Deux mois après, cela nous amène au mois d'août.Et c'est bien ce que voulaient les planteurs. Ils s'en cachaient à peine : il y avait une récolte à enlever et il fallait obtenir de la main d'oeuvre servile un dernier service. Tel était le calcul. Schœlcher n'en fait pas mystère :« Tous les planteurs réunis à Paris, écrit-il, suppliaient la Commission de reculer au moins l'abolition définitive jusqu'au mois de juillet pour laisser, disaient-ils, à la récolte le temps de s'achever ». 

     Attendre juillet Attendre Août ?Et puis qui sait ? Qui sait si à la faveur des événements, on ne pourra revenir sur la mesure d'émancipation prise dans un moment d'euphorie ou d'affolement général?il faut croire que ce n'était pas mal raisonné puisque dès Mai 1848, la République passe à la réaction et vous connaissez les terribles massacres d'ouvriers qui furent perpétrés par le Général Cavaignac et qui firent des journées de juin 1848 à Paris, une manière de répétition générale des massacres de la semaine sanglante qui marquèrent la fin de la Commune de Paris quelque 23 ans plus tard.

         Et alors il est permis de se demander, dans de telles circonstances, et clans une telle ambiance de réaction forcenée, que fut devenue la loi d'émancipation.

Pour ma part, j'ai de bonnes raisons de croire qu'elle aurait été tenue pour lettre morte, sinon purement et simplement abrogée.

Voilà qui suffit à Légitimer l'entrée en scène de nos ancêtres, une scène sur laquelle ils n'avaient pas été invités, en mai 1848.

Spontanéité des masses ? non pas. mais sûr instinct révolutionnaire. Quoi qu'il en soit, dès le décret du 27 avril, une pluie de conseils s'abat sur Ces malheureux, esclaves. Ils avaient attendu deux siècles. Et tous ces conseils rendaient le même son, répétait jusqu'à satiété le même leitmotiv : if faut attendre, il faut patienter. Patientez, leur avait dit le Ministre Arago Patientez, leur répétait Perrinon en termes, il faut bien le dire, assez niais : « Aux noirs nous recommandons la confiance dans les blancs. A ceux-ci la confiance dans les noirs ; à toutes les classes, la confiance dans le gouvernement. Patience, espérance, union, ordre et travail, c'est ce que je vous recommande »

       Husson, Directeur de l’Intérieur à la Martinique "Vous avez bien appris la bonne nouvelle qui vient d'arriver de 'France, Elle est bien vraie. La liberté va venir. Ce sont de bons maîtres qui l'ont demandée pour vous. Mais il faut que la république ait le temps de faire la loi de liberté. Ainsi rien n'est changé jusqu'à présent. Vous demeurez esclaves jusqu'à la promulgation de la loi " Mes amis ayez confiance et patience".

      Mais les nègres de la Martinique en décidèrent autrement. Ils avaient attendu deux siècles. Ils jurèrent de ne pas attendre une seconde dé plus. (... ) Le 22 Mai 1848 à Saint-Pierre la population esclave se soulève. (...) Le Gouverneur ROSTOLAND cette fois ci comprend et ce fut l'arrêté du 23 Mai 1848..

Le 22 mai 1848 à Saint-Pierre la population esclave se soulève, occupe la ville, incendie l'habitation des Abbayes, livre de sanglants combats au cours desquels 35 personnes trouvent la mort... Le Gouverneur Rostoland cette fois ci comprend et ce fut l'arrêté du 23 mai 1848: article 1er : L'esclavage est aboli à partir de ce jour à la Martinique.

Eh bien, martiniquais et Martiniquaises, voilà l'événement que nous célébrons aujourd'hui et que commémore la statue émouvante de René corail : une liberté non pas octroyée mais arrachée de haute Lutte ;

Une émancipation non pas concédée mais conquise, et qui enseigne à tous et d'abord aux martiniquais eux-mêmes, que s'il est vrai que la Martinique est une poussière, il y a cependant des poussières habitées par des hommes, qui méritent pleinement le nom d'hommeset cette assurance voyez-vous, est de celles qui nous autorisent à regarder le présent avec plus de fermeté et de toiser l'avenir avec plus d'insolence.

 

Regarder le présent avec plus de fermeté et d toiser l'avenir avec plus d'insolence. Et maintenant regardez la statue de René Corail: c'est une femme, une négresse, peut-être la Martinique, qui, soutenant son enfant blessé d'une main, peut-être son enfant mort, brandit de l'autre main une arme, elle ne pleure pas, elle bat.

Regardez et souvenez-vous des autres statues de la liberté que vous avez vues et qui commémorent le même événement. rappelez-vous la statue de Schoelcher qui est devant le Palais justice de Fort-de-France : c'est une jeune fille dont les chaînes viennent de tomber et qui envoie  un baiser de reconnaissance à son libérateur Victor Schoelcher Lequel d'une main l'enveloppe d'un grand geste paternel plein de bonté et  l'autre lui montre le chemin.

L'oeuvre est assez belle. -Mais retenez l'inspiration : C'est l'oeuvre d'un blanc. Et puis il y a une autre statue: C'est un bronze d'assez belle facture appartient à la mairie de Fort-de-France. Elle représente un nègre tordu de douleur dont la (France, en un geste violent, vient de rompre les fers dont elle brandit victorieusement les morceaux. Oeuvre déclamatoire peut-être, mais qui n'est pas sans puissance. Mais ici encore : retenez l'inspiration. C'est l'oeuvre d'un blanc et qui à sa manière est à la gloire du blanc libérateur.

Et puis maintenant comparez la statue de René Corail, artiste martiniquais. Ici  le nègre n'est plus l'objet, il est le sujet. Il ne reçoit plus la liberté Il la prend et on nous le montre la prenant. Une grande négresse , larme à la main, maniant son arme, comme ses ancêtres la sagaie. Eh bien cela, c'est la vision martiniquaise de la libération des nègres Et seul un Nègre pouvait l'avoir. Et c'est parce que René-Corail la rendue, cette vision, avec fougue et éclat que je salue en lui" un grand artiste nègre et un grand sculpteur antillais.

        Martiniquais et Martiniquaises,nous n'avons guère à la municipalité de Fort-de-France, l'habitude des inaugurations. Eut-il fallu en faire, il aurait fallu les multiplier et c'eut été vous prendre beaucoup de votre temps et de votre attention. C'est pourquoi je profite de l'inauguration de la statue de René-Corail pour porter à votre connaissance, deux décisions de votre Conseil ,Municipal; deux décisions qui comme la foi le veut, prendront effet dans une quinzaine de jours. La première est de donner à la place sur laquelle nous sommes aujourd'hui, le nom de place du 22 mai.

           La dernière est - et je vous demande d'y faire attention - de donner à la rue qui aboutit à cette place, en venant de Trénelle, le nom de Gérard Nouvet, Ce jeune lycéen, martyr qui est tombé sous les balles ou sous la grenade de la police lors du voyage de Messmer. Quel rapport me direz-vous, avec le 22 'Mai 1848 ? Quel  rapport avec Victor Schoelcher?Eh bien je le dis tout net:Gérard Nouvet prend désormais place dans le long   martyrologue de notre peuple, à côté des -Martiniquais et des -Martiniquaises tombés au cours des siècles, victimes du colonialisme et du sadisme policier. Et comme pour le venger, il y a toute une jeunesse, il y a pour accuser les bourreaux aujourd'hui comme hier, la voix de Victor Schoelcher. Écoutons le une fois de plus:"Envers les masses comme envers les individus, la meilleure voie pour gagner les coeurs est la persuasion. De la blessure d'une baïonnette gouvernementale jaillit une source de vengeance. Monte et malédiction à ceux qui l'oublient. " (Puisse Terrade entendre !(Puisse Terrade comprendre!)

 

Martiniquais et Martiniquaises :

       Nous voilà donc devant cette statue de la liberté martiniquaise. Voyez où elle est placée : aux confluents de trois rues au bout de la rue Jean-Jacques Rousseau au bout du Boulevard Patrice Lumumba au bout de fa rue Gérard Nouvet Trois rues, trois symboles :

              - Jean-Jacques Rousseau : Pensée révolutionnaire

              - Patrice Lumumba . L'action révolutionnaire anticolonialiste

              - Gérard Nouvet : La jeunesse martyre, victime des exactions colonialistes

          Et c'est vrai toutes ces voies :la pensée honnête, donc révolutionnaire; L'action courageuse;Le martyr innocent résument toute fraîche innocence d'un peuple.

    Tout cela mène à un même paie la liberté. La liberté martiniquaise. C'est donc en cette place, en ce point de convergence qu'il convient plus que jamais de crier, en ce 22 Mai 1971, avec toute notre foi et toute notre certitude : vive la Martinique !

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Extrait du Discours sur le colonialisme d'Aimé Césaire  (Hommage à Aimé Césaire) posté le vendredi 18 avril 2008 13:30

Aimé Césaire est l'un des premiers Noirs avec Leéon gontran damas  a écrire un discours contre le colonialisme et sa barbarie, discours qui a une portée universelle, pour tous les hommes et pour tous ceux qui défendent les droit de l'homme.   Paru en 1950 aux éditions réclames, en 1955 aux éditions présence africaine.

 

« Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir  au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au VietNam une tête coupée et un oeil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées. de tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de 1’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement  du continent.

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